Syrie : 10 ans de conflit

“Bachar al-Assad est toujours au pouvoir mais la guerre n’est pas encore gagnée”

Hasni Abidi

Dix années après le début de la guerre en Syrie, Bachar Al-Assad est toujours au pouvoir et règne sur un pays en ruine. Mais cette continuité du régime de Bachar Al-Assad n’est pas synonyme de victoire : la guerre syrienne n’est pas gagnée, le conflit perdure. 

La guerre en Syrie demeure le coeur d’un conflit multiple. La dichotomie entre le conflit syrien régional et le conflit international entre puissances que sont les États-Unis et la Russie reste une réalité. 

Le conflit syrien apparait comme singulier dans le sillage des printemps arabes : un tiers des syriens ont été déplacés, un tiers exilés, des milliers de personnes ont subi la torture, des armes pourtant proscrites ont été utilisées. Hasni Abidi, directeur du Centre d’Études et de Recherches sur le Monde Arabe et Méditerranéen de Genève, afirme qu’en faisant appel à la Russie, à l’Iran, au Hezbollah libanais et aux milices chiites d’Irak, Bachar Al-Assad réinstalle la guerre froide en Syrie. 

Aujourd’hui, après dix années de confit, la situation syrienne n’est pas pacifique, bien que Bachar Al-Assad soit au pouvoir il demeure contre la volonté de son peuple. Firas Kontar, juriste franco-syrien affirme que le seul pouvoir que détient aujourd’hui Bachar Al-Assad est celui de nuire à sa propre population. Firas Kontar se questionne quant à la nature même de la Syrie : peut-on toujours parler d’un état ? 

Ce qui est certain est qu’économiquement la Syrie n’est plus un état viable, la souveraineté reste bafouée par les interventions multiples : russes, américaines, iraniennes, turques et israéliennes. 

Le réalisme prime pour la Russie, grâce au régime Assad, Poutine est installé de manière durable en Syrie. Mais ce dernier souhaite des garanties réelles qui aujourd’hui lui sont offertes par Bachar Al-Assad. Si ce n’est plus le cas demain, la Russie n’aura aucun scrupule à lâcher cet accord pour des gains politiques certains. 

Le cordon « anti-Assad » persiste chez les occidentaux, qui ne peuvent actuellement prendre part dans la politique de reconstruction de la Syrie. Linda Thomas-Greenfield ambassadrice américaine à l’ONU affirme « Les Etats-Unis appellent la communauté internationale à ne pas se laisser berner par les élections présidentielles à venir en Syrie », selon ses dires, il ne s’agit ni d’élections libres ni d’élections équitables, qui en aucun cas ne permettront de légitimer le régime de Bachar Al-Assad. 

Hasni Abidi affirme que la carte syrienne reste et restera durant quelques années au moins, une carte maitresse de l’influence et qu’elle souffrira sans nul doute d’une nouvelle internationalisation afin de parvenir à des garanties mutuelles. 

Florine MEDICI

Membre des Jeunes IHEDN

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