Vétérans de la deuxième guerre mondiale : les témoins nous quittent…

(source : 20 Minutes et AFP)

Jean Morel, un des derniers membres du commando Kieffer, est mort.

Les fusiliers marins des Forces françaises libres du commando Kieffer, intégré au Royal Marine Commando N° 4, sont les seuls Français en uniforme à avoir participé au débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944.

René Rossey, Léon Gautier et Jean Morel lors d’une cérémonie de commémoration du Débarquement, à Ouistreham le 5 juin 2014. — LUDOVIC MARIN / AFP

Jean Morel, un des derniers survivants du commando Kiefferqui débarquaen Normandie en juin 1944, est décédé à l’âge de 97 ans, a annoncé la secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq.

« Un de nos héros nous a quittés aujourd’hui. Jean Morel était parmi les Français libres du commando Kieffer qui participèrent au débarquement de Normandie le 6 juin 1944. Nous lui devons tellement. Toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches », a tweeté dimanche soir la ministre.

Geneviève Darrieussecq


@gdarrieussecq

Un de nos héros nous a quittés aujourd’hui. Jean Morel était parmi les Français Libres du commando Kieffer qui participèrent au débarquement de Normandie le 6 juin 1944. Nous lui devons tellement. Toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches.

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Les 177 fusiliers marins des Forces françaises libres du commando Kieffer, intégré au Royal Marine Commando N° 4, sont les seuls Français en uniforme à avoir participé au débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944. Portant le nom du capitaine de corvette Philippe Kieffer, qui avait constitué ce groupe de volontaires, le commando, entraîné en Écosse, avait débarqué le 6 juin 1944 à Sword Beach.

« Je voulais libérer mon pays et ma famille »

Né le 27 septembre 1922 à Paris, Jean Morel avait 17 ans et préparait son engagement dans la Marine lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté. Après la défaite française de 1940, il avait rejoint les Forces françaises libres en Grande-Bretagne.

« Je suis parti pour combattre les Allemands qui occupaient la France, je voulais libérer mon pays et ma famille », racontait Jean Morel en juin dernier à Cols Bleus, la revue de la marine nationale française. Philippe Kieffer « cherchait des hommes pour créer un corps franc, c’est ainsi que je me suis engagé ».

« Avant de débarquer de la barge, j’étais très interrogatif sur le déroulement de la journée, mes sentiments étaient partagés entre une volonté de combattre, de gagner notre liberté, et la peur », poursuivait-il. « Au moment du débarquement, j’ai sauté, j’ai couru sur la plage ensuite j’ai vu Kieffer blessé qui m’a dit : “Fais vite !” » Jean Morel était l’un des trois derniers survivants du commando, avec Léon Gautier et Hubert Faure.

Dernière « Rochambelle » de la Division Leclerc, Liliane Valter nous a quittés.

Américaine installée à Paris quand éclata la Première Guerre Mondiale, Florence Conrad servit l’armée française en tant qu’infirmière. Engagement qu’elle renouvela lors de la campagne de France de mai-juin 1940. De retour aux États-Unis, cette femme énergique fit jouer ses relations afin de collecter assez d’argent pour financer l’achat 29 ambulances Dodge WC54 destinées à équiper le groupe « Rochambeau » qu’elle venait de fonder en vue de prendre aux combats de la Libération.

Après avoir recruté 14 jeunes Françaises alors établies à New York, le groupe Rochambeau [appelé ainsi en mémoire du maréchal du même nom qui s’était illustré durant la guerre d’Independance américaine au côté de La Fayette, ndlr] traversa l’Atlantique pour rejoindre l’Afrique du Nord, où les troupes anglo-américaines avaient débarqué en novembre 1942.

Là, le groupe Rochambeau prit ses quartiers à Rabat [Maroc]. Et, grâce à sa ténacité, Florence Conrad réussit à le faire intégrer au 13e bataillon médical de la 2e Division Blindée, alors en cours de formation sous le commandement du général Leclerc. Dans le même temps, elle recruta de nouvelles ambulancières et infirmières, qui reçurent le surnom de « Rochambelles ». Et Liliane Valter, 19 ans, à l’époque, en était.

Adolescente au moment de l’appel lancé par le général de Gaulle sur les ondes de la BBC, Liliane Valter décida, trois ans plus tard, de rejoindre les forces françaises stationnées au Maroc. Sans papier, elle dut traverser la France et l’Espagne pour arriver à ses fins. Non sans mal d’ailleurs. Arrêtée par de l’autre côté des Pyrénées, elle sera libérée de la prison pour femmes de Figueras grâce à la Croix-Rouge.

Devenue l’une des 35 « Rochambelles » de la division « Leclerc », la jeune femme débarqua à Utah Beach dans la nuit du 4 au 5 août 1944. Suivant la progression de la 2e DB au volant de son ambulance « Madeleine-Bastille II », elle fut au coeur des combats de Normandie, dede la Libération de Paris, de Lorraine, d’Alsace et d’Allemagne, transportant les blessés vers les hôpitaux de campagne au mépris du danger.

« Il y avait les Allemands qu’on avait chassés d’un village et qui étaient dans un bois, pas loin, et qui tiraient évidemment […] sur nous. Il a fallu faire vite. Les blessés, quand ils étaient conscients, nous ont dit seulement ‘bravo’. Nous sommes vite arrivés à notre hôpital de campagne pour débarquer [les blessés] et repartir. Mais en revenant, ça tirait de tous côtés », racontera Lilian Valter, dans une vidéo récemment publiée par Canal 32.

Très discrète sur son parcours, Liliane Valter nous a quittés à l’âge de 95 ans, le 15 novembre. « Elle était la dernière survivante des ‘Rochambelles’ », a précisé, auprès de l’AFP, le général Bruno Cuche, ancien chef d’état-major de l’armée de Terre devenu président de la Fondation Maréchal Leclerc et de l’association des Anciens de la 2e DB.

Selon la Société des membres de la Légion d’Honneur, cette femme ex-Rochambelle « vive d’esprit », selon les mots du général Cuche, était chevalier de la Légion d’honneur depuis le 31 décembre 1983 « pour toutes ces actions de bravoure ». Elle était également titulaire de la Médaille militaire.