revue de Presse : le mal-être des médecins et personnels du Service de Santé des Armées

« Le Canard enchainé » – mercredi 5 décembre 2018 – page 3

Désertions en masse au service de santé des armées

LES PERSONNELS de santé  chargés d’accompagner, de soigner et parfois de sauver les militaires qui interviennent sur les fronts lointains ne sont plus en nombre suffisant. Résultat : les médecins et leurs infirmiers envoyés en opérations extérieures – notamment en Afrique, en Irak, au Liban ou sur les bases françaises d’Abou Dhabi et de Djibouti – sont épuisés et utilisés « à 200 % et en surchauffe », selon la commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la défense. Ces parlementaires, de toutes opinons, s’interrogent sur les raisons d’un tel« déficit » et ont convoqué, le 12 décembre, la patronne du Service de santé des armées, Maryline Guygax. Dans l’intention de lui demander quelles solutions elle envisageait pour pouvoir enfin fournir aux militaires français le soutien médical indispensable.

          Depuis 2014 et l’augmentation des interventions en Afrique et au Levant, ce service a perdu 1 600 médecins, infirmiers et techniciens. Tous des démissionnaires – ou des déserteurs, si l’on a mauvais esprit – qui préfèrent rejoindre le secteur civil, pacifique et mieux rémunéré.

Transmis au chef de guerre élyséen

          Conséquence de ces départs : le Service de santé des armées ne compte plus aujourd’hui que 700 médecins, toutes spécialités confondues. Selon les rapporteurs de la commission sénatoriale – Jean-Marie Bockel et Christine Prunaud –, « la situation du Service [est]fragile » et il serait nécessaire d’adjoindre au personnel actuel une centaine de chirurgiens, d’orthopédistes et de dentistes.

          Autre remarque politiquement incorrecte des deux sénateurs, qui la destinent à Emmanuel Macron : ils affirment en substance qu’« il ne faudrait pas multiplier à l’infini les opérations extérieures, quand on ne dispose pas du personnel médical indispensable ». Sous-entendu : il ne suffit pas de fournir des blindés modernes, des Rafale et des missiles aux militaires français. Suit une tentative d’explication des 1 600 démissions du Service de santé : « Le fonctionnement quotidien des centres médicaux des armées est marqué par un accroissement des besoins en expertise et en soutien des activités à risque. »

          Faute de médecins disponibles pour ces « activités à risque » en Afrique et au Levant, par exemple, l’armée fait appel à des réservistes, mobilisés pour une seule mission, une pratique qualifiée d’« acrobatie » par les sénateurs. En rendant publique leur enquête sur les malheurs du Service de santé, ils viennent de prouver que des parlementaires, lorsqu’ils s’en donnent vraiment la peine, sont capables de faire la leçon à l’état-major des armées et, surtout, au chef de guerre élyséen.

Claude Angeli

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• La commission sénatoriale a aussi pris pour cible le ministre des Compte publics. Motif : sans consulter les députés, les sénateurs et encore moins Florence Parly, la ministre des Armées, Darmanin a annulé une ligne de crédit de 404 millions d’euros, lesquels, destinés aux armées, avaient été votés par le Parlement. Mais il y a comme un défaut dans cette colère sénatoriale : Darmanin n’a pas « piqué » ces millions sans l’accord de Macron.

• Un récent communiqué de victoire du ministère des Armées vaut d’être salué comme il le mérite. Dans la nuit du 22 au 23 novembre, 34 djihadistes et un de leurs chefs ont été tués au Mali. Une opération qui a mobilisé deux Mirage, un avion C 135 de ravitaillement en vol, des hélicoptères Tigre et Gazelle, des drones Reaper et l’engagement au sol de militaires français. La mort ou la capture de djihadistes coûte une petite fortune.