Revue de presse défense et armement de juin 2018

Le mini Hecate II, le nouveau fusil de précision français destiné aux forces spéciales
Posté dans Forces spéciales par Laurent Lagneau Le 17-06-2018 
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Contrairement à ce que laisse supposer le remplacement du FAMAS par le HK-416F de facture allemande, il reste encore des armuriers français capables de concevoir et fabriquer des fusils pour les forces armées. Du moins est-ce le cas de PGM Précision, une entreprise installée à Poisy, en Haute-Savoie. Seulement, cette dernière, reconnue mondialement [8.000 armes vendus à l’exportation, ndlr], exerce son activité dans ce que l’on appelle un marché de « niche », c’est à dire le tir de précision.
Créée en 1991, PGM Précision fournit notamment les fusils Hecate II aux forces spéciales (ou il a remplacé le McMillan M87), au GIGN et au RAID. Cette arme équipe également d’autres unités d’élite étrangère, dont Groupe de réaction opérationnelle et de manœuvres polonais, le Détachement de reconnaissance de l’Armée 10 en Suisse ou encore le bataillon des opérations spéciales de la marine brésilienne.
« En 1995, en plein conflit bosniaque, l’armée française passe commande du Hécate II, réputé comme étant la meilleure arme au monde dans son calibre », se plaît à rappeler PGM Précision.
Début juin, soit juste avant l’édition 2018 du salon de l’armement terrestre Eurosatory, PGM Précision a lancé le dernier né de son catalogue : le mini Hecate II, dont le développement a demandé plus de cinq ans de travail.
Moins lourd et plus ergonomique, le mini Hecate II, de calibre 338 LM, a spécialement été conçu pour répondre aux besoins des forces spéciales. D’une portée de 1.400 mètres, cette arme est faite pour « traiter des objectifs intermédiaires entre le 308 W et le calibre 50 », précise l’armurier.
« La modularité innovatrice du bipied positionnable en deux points ainsi que la crosse se pliant côté culasse font de cette arme, l’outil tactique répondant à toutes les missions », ajoute-t-il.
A priori, ce nouveau fusil de précision aurait déjà été testé par le Commandement des opérations spéciales [COS]. Comme l’avait souligné François Brion, le directeur de PGM Précision, dans un entretien donné au quotidien Les Échos en 2015, l’armée française est « une vitrine » et « il n’y a pas une unité en France qui ne soit équipée d’une de nos armes ». Et de rappeler que « c’est aussi avec la France que notre activité est née. »
Pour assurer la production de ses armes, l’armurier est adossé au groupe français Teissier, spécialisé dans la mécanique et l’usinage de précsion, le traitement de surface des métaux et l’assemblage de pièce mécanique.
PGM bénéficie de l’expertise de ce groupe haut-savoyard aux références prestigieuses dans le domaine de l’armement, l’aéronautique, la robotique, le médical et le luxe. Ce savoir-faire français se décline dans les armes de haute précision que PGM conçoit et améliore sans cesse », explique l’entreprise.
  
17-06-2018

Un vaste trafic d’armes démantelé par la Gendarmerie
Posté dans Gendarmerie par Laurent Lagneau Le 17-06-2018 
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C’est une affaire qui a commencé le 29 septembre 2016. Ce jour-là, un jeune militaire du 2e Régiment d’Infanterie de Marine [RIMa] fut interpellé alors qu’il circulait dans les rues du Mans au guidon d’un scooter… avec un pistolet 7.65 chargé, enregistré en Belgique et déclaré volé. Lors de la perquisition de son domicile, des munitions furent saisies. Le marsouin indiqua alors que l’arme lui avait été fournie par un de ses camarades de régiment. Les deux hommes furent alors mis en examen et placés en détention provisoire, leur implication dans un trafic d’armes plus vaste étant soupçonnée.
Puis, les gendarmes de la Section de recherche (SR) d’Angers, chargés de l’enquête, vont dérouler la pelote. Entre février et novembre 2017, quatre trafiquants furent interpellés dans le Grand Ouest et le Centre de la France, puis écroués. Et 200 armes, dont des fusils d’assaut, furent récupérées.
En décembre de la même année, les gendarmes lancèrent une vaste opération dans 29 départements, avec l’objectif d’identifier les contacts des trafiquants. Là, 23 personnes furent placées en garde à vue et 50 autres « entendues » par les enquêteurs. Et c’est ainsi qu’un second réseau parallèle fut identifié.
Suite aux renseignements obtenus, et toujours sous la direction de la SR d’Angers, sous l’autorité de juridiction interrégionale spécialisée de Rennes, une troisième opération a alors été planifiée, avec 700 gendarmes, dont 16 PSIG [pelotons de surveillance et d’intervention de la Gendarmerie], 2 antennes du GIGN, les experts du plateau d’investigation sur les explosifs et les armes à feu de l’IRCGN et des unités cynophile (sans oublier des démineurs de la Sécurité civile).
Entre le 12 et la 14 juin, lors des perquisitions menées dans 54 départements, les militaires ont mis la main sur 700 armes. Et au moins 90 personnes ont été auditionnées, dont 34 ont été placées en garde à vue. Et quatre individus ont aussi été mis en examen.
« Les perquisitions ont révélé que les armes détenues illégalement étaient volontairement dissimulées dans les habitations : fausses cloisons, livres découpés, faux ballons d’eau chaude », a précisé Nicolas Jacquet, procureur de Rennes dans un communiqué.
Parmi les personnes interpellées, « il y a les têtes de réseau, déjà tombées pour braquage, escroquerie ou vol. Ils se tournent vers ce commerce qui permet de générer de l’argent assez facilement », a indiqué le colonel Grégory Goumin, commandant de la Section recherche de la gendarmerie.
« Lors des perquisitions, les gendarmes ont découvert des armes de poing, des fusils d’assaut, des pistolets mitrailleurs, mais également des explosifs et des lance-roquettes. En tout, ce sont près de 1.900 armes détenues illégalement qui ont été saisies, ainsi que 350.000 euros » résume la Gendarmerie nationale au sujet de cette vaste enquête. Et de préciser que ce « commerce contribuait largement à alimenter en armes les milieux de la criminalité organisée. »
A priori, cette affaire ne va pas en rester là étant donné que les enquêteurs d’Europol ont été associés au démantèlement de ce réseau de trafiquants d’armes, lequel pourrait avoir des ramifications internationales.
 
   
15-06-2018

L’artillerie tient un rôle prépondérant dans l’opération visant à réduire les dernières positions de Daesh en Syrie
Posté dans Forces terrestres, Moyen-Orient, Opérations par Laurent Lagneau Le 15-06-2018 
 

Le 3 juin, et avec le soutien de la coalition anti-jihadiste dirigée par les États-Unis, les Forces démocratiques syriennes [FDS], constituées par des milices kurdes et des groupes arabes armés, ont lancé la seconde phase de l’opération « Roundup », dont l’objectif est de réduire les dernières poches de résistance de Daesh [État islamique ou EI] à la frontière irako-syrienne.
Lors de la première phase, commencée le 1er mai, les FDS ont repris la bande de Baghuz à l’EI. Signe de l’implication de la coalition, le nombre de frappes effectués a augmenté de 123% par rapport au mois d’avril.
Seulement, les communiqués publiés chaque semaine par l’opération Inherent Resolve [nom de la coalition, ndlr] ne font plus la distinction entre les tirs d’artillerie et les frappes aériennes, les deux étant regroupés sous le terme générique de « strike ». Dans ces conditions, il est bien compliqué de déterminer le nombre de « coups au but » que l’on doit attribuer aux artilleurs et aux aviateurs.
Côté américain, on en saura plus quand l’US Air Force Central Command publiera le bilan de ses activités dans la zone d’opérations qui lui est assignée. Mais côté français, l’analyse des comptes-rendus hebdomadaire de l’opération Chammal montre une forte activité de la Task Force [TF] Wagram, c’est à dire le détachement qui, doté de 4 Camions équipés d’un système d’artillerie [CAESAr], est actuellement déployé « en interdication », du côté irakien de la frontière.
Ainsi, durant le mois de mai, les Rafale engagés dans l’opération Chammal, depuis les bases situées en Jordanie et aux Émirats arabes unis, ont assuré une vingtaine de sorties par semaine. Et ils n’ont « frappé » qu’à deux reprises. Dans le même temps, la TF Wagram a réalisé 95 missions de tirs (ce qui suppose le tir d’environ 650 obus).
Depuis le début du mois de juin, la tendance est identique : les Rafale n’ont pas eu à « délivrer » leurs munitions tandis que les artilleurs ont effectué, depuis le territoire irakien, 48 missions de tirs. D’ailleurs, un seuil symbolique a été franchi ces derniers jours puisque la TF Wagram compte désormais 1.802 missions à son actif, dont 32 assurées entre le 6 et le 12 juin.
L’État-major des armées [EMA] explique que les moyens aériens de la force Chammal assurent « essentiellement des missions de recueil de renseignements ou de reconnaissance aérienne. » En revanche, il ne précise pas la nature des tirs effectués par la TF Wagram. Ces derniers peuvent être d’éclairement, d’interdiction ou de destruction.

Cela étant, les artilleurs français ne sont pas les seuls à la manoeuvre. Leurs homologues américains, dotés d’obusiers M-777, sont également fortement impliqués dans l’opération Roundup, de même que les Forces de sécurité irakienne.
Après avoir repris Baghuz à Daesh, les FDS s’attachent maintenant à chasser les jihadistes de la région de Dashisha. Mais leur progression est ralentie, explique par l’EMA, par « la menace importante que font peser les engins explosifs improvisés. »
 
14-06-2018

Nexter développe « KATANA », la future munition des artilleurs
Posté dans Forces terrestres, Industrie par Laurent Lagneau Le 14-06-2018 
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Après l’obus explosif modulaire Lu-211, le 155 MPM [Munition à précision métrique], l’obus antichar à détection de cible « BONUS », la fusée à correction de trajectoire en portée « SPACIDO » ou encore la la munition de 105mm à portée étendue ERG3, la division « Munitions » de Nexter [qui regroupe Nexter Munitions, Mecar et Simmel Difesa] conduit une politique ambitieuse en matière de recherche et de développement (R&D) qui vise à améliorer les performances des systèmes d’artillerie qu’il commercialise (CAESAr, canons légers LG1).
L’industriel a en effet développé le système de conduite de tirs FINDART et le calculateur balistique BACARA, lesquels peuvent être interconnectés aux systèmes de gestion de l’espace de bataille tout en donnant à leurs utilisateurs le suivi de la situation logistique et tactique ainsi que des solutions de navigation. D’où, d’ailleurs, le fait qu’il revendique être le « leader en matière de systèmes d’artillerie. »
Mais c’est de nouveau dans le domaine des munitions que Nexter a présenté, à l’occasion du salon de l’armement terrestre Eurosatory, une nouvelle munition qui, appelée KATANA, pourrait devenir le prochain « standard » pour les artilleurs.
D’un calibre de 155mm, KATANA « pourra être tirée depuis tous les systèmes d’artillerie 52 calibre, en conservant les qualités traditionnelles de l’artillerie : permanence des feux, capacité tout temps, rapport coût/efficacité », fait valoir Nexter
Cet obus « guidé » est conçu selon une « architecture spécifique » qui permettra de l’employer pour de « l’appui rapproché » et contre « tout type de cibles grâce à sa fusée multi-mode programmable pour fonctionner en proximétrie, à l’impact, ou avec un retard permettant la pénétration de la tête militaire. »
Actuellement, la portée d’un CAESAr est d’une trentaine de kilomètres. Or, KATANA pourra atteindre des cibles située à 60 km de distance, avec une précision « décamétrique ». Sans doute faut-il y avoir un rapport – pas évident – avec le sabre japonais du même nom (la lame est de 60 cm environ, soit 2 shakus).
« Pour cela, le guidage du projectile est assuré par une hybridation entre un récepteur de signaux GNSS [GPS, ndlr] et une unité de mesures inertielles. La précision métrique sera ultérieurement accessible par l’ajout d’un écartomètre semi-actif laser optionnel », explique Nexter.
Et ce dernier d’assurer que KATANA « offrira les meilleures performances en portée, en précision et en effet terminal des munitions de 155mm existantes. » Le développement de cette munition par Nexter est à rapprocher avec la mise au point, par Safran Electronics & Defense, de la nouvelle centrale inertielle Geonyx, susceptible de remplacer la Sigma 30 qui équipe actuellement le Caesar.
 
13-06-2018

De nouveaux véhicules aérolargables seront livrés aux forces spéciales françaises d’ici 2021
Posté dans Forces spéciales, Forces terrestres par Laurent Lagneau Le 13-06-2018 
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Début 2016, la Direction générale de l’armement [DGA] avait lancé un appel d’offres visant à acquérir 300 petits véhicules tout-terrain aérolargables de type fardier, pouvant transporter chacun entre 400 et 600 kg, et de 200 remorques d’une capacité de 200 à 400 kg.
Il s’agissait ainsi de combler un besoin exprimé par les forces spéciales et les troupes aéroportées, dont les personnels doivent porter jusqu’à 50 kg d’équipements, de vivres et d’eau lors d’une mission. Avec ces véhicules fardiers, il serait alors possible de parachuter des commandos sur un point plus éloigné que leur objectif et de permettre à ces derniers de faire le trajet en voiture tout-terrain.
Bien que relativement discret, ce petit programme d’armement figure dans le rapport annexé de la Loi de programmation militaire 2019-25. Discret car l’attribution de ce marché a été faite en octobre 2017, sans tambour ni trompette. 
Ainsi, le choix de la DGA s’est porté sur le système RIDER  de l’entreprise française UNAC, connue pour avoir conçu et livré le TNA [Tracteur niveleur aérolargable] au 17e Régiment de Génie Parachutiste [RGP].
Le RIDER [Rapide Intervention Droppable Equipment for Raiders] est donc constitué d’un véhicule 4×4 et d’une remorque. Cet ensemble de 2 tonnes doit permettre « le transport de matériels, fournitures et combattants, au plus proche des zones d’engagement », souligne UNAC.
Ce système intègre « un train avant composé d’une suspension à double triangulation pour répondre aux débattements importants du tout-terrain et d’un train arrière constitué de bras tirés permettant une excellente reprise des efforts longitudinaux. »

Le véhicule « propose un aménagement précis et sécurisé des postes de pilotage et de chef de bord ». Il est possible de le doter de deux mitrailleuses de 7,62 mm. Quant à la remorque, elle est munie d’un « plateau chargement grande dimension, de ridelles rabattables et de quatre anneaux d’arrimage et d’élingage. »
Pouvant être transporté par un hélicoptère NH-90 (en soute ou par élingue) ou largué lors d’une opération aéroportée, le RIDER se veut à la fois robuste (« sans aucune gestion électronique », dixit UNAC) et simple d’emploi. Un autre de ses points fort est son importante mobilité, associée à une grande capacité de franchissement.
L’appel d’offres de la DGA précisait que le véhicule fardier devait être muni de « divers systèmes de communication » avec leurs interfaces correspondantes et d’équipements « transverses », tels que supports nourrices, phares Infra Rouge, supports de lampe à éclat, supports DAGR [Defence Advanced GPS Receiver], supports extincteurs, phares de recherche, etc.
Selon les documents budgétaires, il est prévu de livrer 120 systèmes RIDER aux forces spéciales, les autres étant destinés à 11e Brigade Parachutiste [BP]. Mais seulement 60 exemplaires auront normalement été livrés d’ici 2021, la totalité de la commande devant être honorée avant la fin de la LPM 2019-25.
 
12-06-2018

Le chef de l’Agence européenne de défense met en garde contre la mainmise américaine sur les équipements militaires
Posté dans Défense européenne, Industrie par Laurent Lagneau Le 12-06-2018 
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Lors d’une audition à l’Assemblée nationale dans le cadre de l’examen du projet de Loi de programmation militaire [LPM] 2019-25, le Pdg de Dassault Aviation, Éric Trappier, s’était emporté contre la tendance des industriels américains de l’armement à imposer leurs standards technologiques au lieu de rechercher l’interopérabilité avec l’Otan.
« Le modèle américain du F-35 casse ces codes et vous dit : ‘il n’y a plus d’interopérabilité, il y a intégration avec le F-35’. C’est à dire que vous êtes Américains ou vous n’êtes pas. C’est proprement scandaleux que l’Otan accepte ça. Normalement, c’est l’interopérabilité et on est train de passer à l’uniformisation et à l’intégration dans les armées américaines », avait ainsi expliqué M. Trappier.
Lors d’une conférence sur la cohérences des capacités [militaires] européennes, donnée à l’occasion du salon de l’armement terrestre Eurosatory, le chef de l’Agence européenne de défense [AED], Jorge Domecq, n’a pas dit autre chose, en estimant que l’Europe devrait se passer des équipements militaires américains de haute technologie afin d’obtenir une plus grande « autonomie stratégique. »
« Voulons-nous continuer à entretenir une relation d’affaire, avec l’autre côté de l’Atlantique, qui est indubitablement déséquilibrée mais malsaine en termes de défense de l’Europe? » a ainsi demandé M. Domecq, selon ses propos rapportés par Defense News.
« La tendance des nations qui achètent des capacités [militaires] américaines devrait cesser si l’Europe veut se débrouiller militairement », a plaidé le chef de l’AED.
« Si vous avez des capacités sans avoir les moyens industriels de les entretenir, alors cela revient à demander à votre voisin de vous donner un tuyau chaque fois que vous voulez arroser des plantes. À la longue, vous n’aurez plus de jardin. Vous aurez un terrain sec », a plaidé M. Domecq.
Reste que ces propos risquent de n’avoir aucun effet sur certains pays européens. Ceux d’Europe de l’Est, s’est plu à rappeler Defense News, « continuent de privilégier les équipements américains » par rapport aux offres européennes étant donné qu’ils les considérent comme une « sorte de police d’assurance politique contre Moscou. » Ce ne sont pas les seuls d’ailleurs : même la Suède, qui ne fait pas partie de l’Otan, a choisi le système Patriot aux dépens du SAMP/T d’Eurosam.
Cependant, le Fonds européen de défense [FED], qui, censé permettre de développer les capacités militaires des États membres, sera présenté le 13 juin, va marquer une rupture. En effet, pour y être éligibles, les « entreprises devront être basées dans l’Union européenne, avoir leurs infrastructures dans l’Union européenne et surtout, les prises de décisions ne pourront pas être contrôlées par une entité installée hors de l’Union européenne. » Ce qui exclurera les industriels américains et… britanniques après le Brexit
12-06-2018

La DGA conduit un projet visant à accélérer la prise en charge des soldats blessés au combat
Posté dans SSA, Technologie par Laurent Lagneau Le 12-06-2018 
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Quand un soldat est blessé au combat, les premiers soins qu’il recevra avant d’être évacué vers un hôpital de campagne sont cruciaux. Aussi, des entreprises ont mis au point des dispositifs visant, par exemple, à éviter les hemorragies ou à l’infection d’une plaie pouvant évoluer en septicémie.
Mais cette course contre la montre ne concerne pas seulement les soins. Car, dans le même temps, il faut prendre les dispositions nécessaires pour que le blessé soit pris en charge, au plus vite, par une structure médicale. D’où le projet SIRMED [Système d’information de régulation médicale], conduit par la Direction générale de l’armement [DGA] et développé par le tandem Sopra Steria et Ineo Défense dans le cadre du programme d’armement ISSAN (Info structure santé).
Concrètement, il s’agit d’améliorer le soutien médical des forces déployées sur un théâtre extérieur par la numérisation de la chaîne Santé.
« S’agissant de la prise en charge d’un blessé, le système permettra aux équipes de soin ‘de l’avant’ de créer la fiche médicale du soldat sur une tablette tactile et de renseigner les premiers soins prodigués. Ces éléments seront instantanément transmis au médecin régulateur qui disposera alors de toutes les informations pour orienter le blessé vers la structure médicale disponible et la plus adaptée à son état de santé », explique la DGA.
Dans le même temps, grâce aux informations ainsi collectées et transmises, les équipes médicales du Service de santé des Armées [SSA] pourront préparer le dispositif de soins nécessaire pour prendre en charge le blessé avant son admission. « Même la solution d’évacuation pourra être décidée plus rapidement grâce notamment à une cartographie qui permettra de localiser les vecteurs d’évacuation disponibles (hélicoptères, véhicules sanitaires…) », précise la DGA.
Pour éviter toute rupture dans les communications, SIRMED utilisera plusieurs types de réseaux. Enfin, assure la DGA, il permettra un accès « sécurisé » en temps réel aux informations médicales, ce qui rendra plus efficaces « tous les niveaux de la châine de soin. »
À noter : Cette innovation, comme d’autres (système RAPACE, FASTGENE, etc), est présentée par la DGA sur le stand 5aF20-178-268 du salon Eurosatory
 
12-06-2018

ARQUUS dévoile le Scarabee, possible successeur du Véhicule blindé léger
Posté dans Forces terrestres, Industrie par Laurent Lagneau Le 12-06-2018 
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Pour le moment, la succession du Véhicule blindé léger (VBL) n’est pas encore officiellement ouverte. La Loi de programmation militaire (LPM) 2019-25 prévoit la « régénération » de 730 exemplaires d’ici 2025. Cette opération va consister à améliorer leur moteur, leur boîte de vitesse, leur suspension et leur système de freinage, afin de prendre en compte leur masse devenue plus importante au fil du temps, avec l’intégration de nouvelles protections et autres systèmes divers.
Cependant, lors de cette période, l’armée de Terre espère pouvoir lancer le projet VBAE [Véhicule blindé d’aide à l’engagement] appelé à prendre le relai des VBL dans le cadre de la seconde phase du programme SCORPION [Synergie du contact renforcée par la polyvalence et l’infovalorisation].
Ces derniers temps, il a été beaucoup fait de cas du Hawkei de Thales, c’est à dire un 4×4 léger blindé déjà choisi par les forces terrestres australiennes. Ce véhicule passe en effet pour être un candidat sérieux pour le programme VBAE, comme l’a récemment souligné le site Forces Opérations Blog.
Mais il ne sera pas le seul. À l’occasion du salon de l’armement terrestre Eurosatory, ARQUUS (ex-Renault Trucks Defense/ACMAT/Panhard) a dévoilé un nouveau véhicule blindé léger : le Scarabee.
« Successeur du VBL et héritier des véhicules blindés Panhard, il s’agit d’un concept offrant des innovations d’avant-garde et une performance inégalée », fait valoir ARQUUS dans son communiqué. Cela étant, l’industriel est plutôt chiche au niveau des précisions sur ce Scarabee.
« Offrant une ergonomie collaborative et un confort maximal », on comprend que le Scarabee sera sobre en énergie grâce à une « gestion innovante ». Pouvant emporter une « charge utile exceptionnelle », souligne ARQUUS, il sera « doté d’une puissnce de feu puissante et moderne. » Enfin, souligne-t-il, il sera « un acteur essentiel du combat collaboratif » et sa maintenance simplifiée « le rendra optimal pour les opérations à l’étranger » [c’est à dire qu’il aura une faible « empreinte logistique, ndlr].
« Nous engageons un processus nouveau pour des systèmes assez complexes, comme le VBAE ou le futur Engin principal du génie, pour lesquels le besoin n’est pas encore complètement défini », a récemment expliqué le général Charles Beaudouin, chargé des plans et des programmes au sein de son état-major [EMAT], lors d’une récente audition à l’Assemblée nationale. Et d’ajouter : « Au lieu de définir un besoin, de réfléchir aux spécifications et d’appeler ensuite l’industriel, nous voulons discuter d’emblée avec la DGA et l’industriel. » Visiblement, Thales et ARQUUS sont impatients d’ouvrir le dialogue.
 
11-06-2018

Les programmes d’armement retardés ou annulés? « C’est fini », assure Mme Parly
Posté dans Politique de défense par Laurent Lagneau Le 11-06-2018 
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L’on ne compte le nombre de programmes d’armement « décalés », « réduits », voire « annulés » au cours de ces dix ou vingt dernières années. Tel a été le cas, par exemple, du programme BATSIMAR [Bâtiments de surveillance et d’intervention hauturiers] qui, bien qu’étant très importants pour le renouvellement des patrouilleurs et avisos de la Marine nationale, devrait finalement se concrétiser d’ici 2025, alors que la Loi de programmation militaire [LPM] votée en 2008 évoquait l’horizon 2017.
Et c’est ainsi que l’on parle de « ruptures temporaires de capacité ». Ruptures qui, à la longue, risquent de devenir définitives. D’autant plus que les équipements des armées sont utilisés intensivement, qui plus est dans des environnements difficiles qui accélèrent leur usure.
Pour remédier à des déficits capacitaires, il est arrivé que les Armées aient bénéficié de « rustines », comme le Système de drones tactiques intérimaires [SDTI]. Devant être retiré du service en 2007, ce dernier est toujours en dotation et sert encore en opération [c’est le cas en Centrafrique, ndlr]. Il sera remplacé par le Patroller qui, conçu par Sagem, pourra être armé. 
Et si le programme SCORPION avait dû faire les frais d’ambitions revues à la baisse, un VAB ou AMX-10RC aurait théoriquement pu « être utilisé par trois générations de soldats : le grand-père au sein de la division Daguet en Irak en 1991, le père aujourd’hui dans la bande sahélo-saharienne, et le fils dans les opérations de demain », a récemment souligné le général Charles Beaudouin, chargé des plans et des programmes de l’état-major de l’armée de Terre.
Mais, à en croire Florence Parly, la ministre des Armées, cette époque sera révolue avec la LPM 2019-25 : elle l’a en effet clairement dit lors de l’ouverture du salon de l’armement terrestre Eurosatory, ce 11 juin.
« Depuis des années, notre engagement opérationnel est majeur, nos équipements sont employés intensément et éprouvés dans des conditions souvent hostiles. Et dans ces conditions, bien souvent, quelle a été notre réponse? Des programmes d’armement retardés, encore retardés et parfois annulés. C’était dangereux pour nos forces, dangereux pour notre supériorité opérationnelle : c’est fini », a ainsi affirmé Mme Parly.
« Sur la période de la programmation, ce sont 295 milliards d’euros qui seront consacrés à nos Armées avec comme objectif de dédier, suivant l’engagement du Président de la République, 2% de notre PIB à la défense d’ici 2025. Et le renouvellement des équipements et des matériels est au cœur de cette LPM de choc, qui va permettre une remontée en puissance majeure de nos Armées », avait préalablement rappelé la ministre.
Cela étant, comme il n’est pas possible de tout faire à la fois, des arbitrages ont dû être faits lors de la préparation de la LPM 2019-25. C’est ainsi que quelques programmes seront décalés dans le temps, comme l’Hélicoptère interarmées léger (HIL) ou encore le Système de drones aériens pour la marine [SDAM] qui arrivera en 2028 au lieu de 2023. Mais l’essentiel est qu’il n’y ait pas de mauvaise(s) surprise(s) (on n’est jamais à l’abri de coupes budgétaires) et que les équipements prévus par la LPM soient livrés en temps et en heure. En tout cas, Mme Parly en a pris l’engagement.
 
09-06-2018

Un commando des forces spéciales américaines tué lors d’une opération anti-jihadiste en Somalie
Posté dans Afrique, Forces spéciales par Laurent Lagneau Le 09-06-2018 
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L’an passé, les forces américaines ont effectué 37 frappes ciblées contre les milices Shebab, liées à al-Qaïda, et la branche somalienne de l’État islamique (EI). Soit deux fois plus qu’en 2016. Et la tendance est identique cette année, avec déjà 16 raids conduits contre la mouvance jihadiste.
Cependant, les États-Unis font plus que de réaliser des frappes ciblées visant particulièrement les cadres et les camps d’entraînement jihadistes. En 2014, il fut rapporté par l’agence Reuters qu’au moins 120 « conseillers » militaires américains avaient été déployés depuis 2007 à Mogadiscio, auprès de l’AMISOM, la force de l’Union africaine déployée en Somalie avec un mandat des Nations unies, et de l’armée somalienne, alors à l’état embryonnaire.
En avril 2017, l’US AFRICOM, le commandement militaire pour l’Afrique, avait annoncé l’envoi de quelques dizaines de militaires supplémentaires pour assister les forces locales dans leurs combats contre la mouvance jhadiste. Et visiblement, il font plus que les assister.
Ainsi, un mois après cette annonce, un Navy Seal perdit la vie lors d’un assaut héliporté lancé contre un groupe de miliciens Shebab, près de Barriire, à environ 60 km à l’ouest de Mogadisco. Et, le 8 juin, un autre commando américain a été tué au cours d’une attaque jihadiste dans le Jubaland, une région frontalière avec le Kenya.
Depuis quelques jours, une force multinationale, composée de soldats kényan et somaliens, accompagnés par des éléments des forces spéciales américaines (800 hommes au total), tentent « de débarrasser les zones contestées des shebab, de libérer des villages du contrôle des shebab et d’établir un avant-poste de combat permanent visant à augmenter la portée de la gouvernance et de la sécurité du gouvernement fédéral somalien », selon l’US AFRICOM.
Cette force multinationale a ainsi conduit plusieurs raids contre des camps de miliciens Shebab à Jamaame, Kaban et Kabsuma, à environ une quarantaine de kilomètres de la ville portuaire de Kismayo.
Les circonstances dans laquelle un soldat d’une « force partenaire » et un commando américain ont été tués (4 autres ont également été blessés) n’ont pas été précisées. Si ce n’est qu’il a été fait état de « tirs de mortier et d’armes légères » et que le combat « a été très rapide ». A priori, un drone MALE, armé, était dans le secteur mais il n’a pas été en mesure d’intervenir.
Cette attaque a rapidement été revendiquée par les milices Shebab, qui, dans un message diffusé via l’application Telegram, ont parlé d’une « attaque féroce » conre une « base américano-somalienne ».
Selon le New York Times, 7.300 membres des forces spéciales américaines sont actuellement déployés dans le monde (Yémen, Somalie, Syrie, Libye, Niger, etc…). Le chef du Pentagone, James Mattis, a ordonné au commandement des opérations spéciales (USSOCOM, dont il est prévu d’augmenter le budget de 11% l’an prochain, ce qui le porterait à 13,6 milliards de dollars), de lui présenter « une série d’options d’ici la mi-juin pour trouver un équilibre entre les opérations antiterroristes et le défis sécuritaires croissants. »
D’après leur nouvelle « Stratégie de défense nationale », les États-Unis entendent la priorité aux « menaces croissantes » de « puissances révisionnistes » qui « tentent de créer un monde compatible à leurs modèles autoritaires », la guerre contre le terrorisme passant au second plan.
 

15 juin 2018
Exclusif : la RATP va tirer croate 
Difficile de faire meilleur timing : le pistolet croate XDM-9 va équiper les agents armés de la RATP.
Un millier d’armes seront livrées d’ici la fin de l’année, avec des holsters Radar.
Une belle opération pour son fabricant, HS Produkts, qui guignait déjà de remporter l’appel d’offres français de l’AIF (finalement gagné par l’Allemand HK) et estime avoir connu déjà un beau succès d’estime sur cette compétition.
Qui en cache évidemment une autre : les armées, et notamment l’armée de terre doivent prochainement changer leur antique MAC50, et le plus jeune PAMASG1. Des résultats pourraient intervenir assez rapidement, la vétusté de ces armes étant patentes et emblématiques. Pas besoin non plus de faire des tests sur plusieurs années : les protagonistes sont connus et éprouvés sur le terrain.
Dans son interview à RAIDS (numéro de juin), le CEMAT répondait à ma question de leur successeur de cette façon : “il faut déterminer si (leur) successeur devra, aussi, équiper en double dotation tous mes soldats, ou seulement mes sous-officiers et mes officiers. Et tant que je n’aurai pas répondu à cette interrogation, je ne pourrai pas transmettre la fiche d’expression de besoin”.
Pas sûre que l’arme croate, pourtant aux sécurités très redondantes soit le centre des choix de l’armée de terre, mais il faudra en tout cas la considérer, puisqu’on la trouvera très rapidement dans les rues et couloirs de métro et RER de Paris, au même titre que les MAC50 et PAMASG1. 
 

Une enquête sérieuse et fouillée sur Arnaud Beltrame 
15 Juin 2018 à 18h53 

Rédigé par deux journalistes, voici le premier livre consacré à Arnaud Beltrame, ce «  héros dont la France a besoin  ». Quoiqu’en dise le sous-titre, l’ouvrage n’est pas une hagiographie sulpicienne de l’officier de gendarmerie tué lors de l’attaque terroriste de Trèbes, le 23 mars dernier.
L’enquête est solide, tant sur le déroulement des faits que sur la carrière de l’officier de gendarmerie. Les auteurs se posent également la question de savoir «  A qui appartient Arnaud Beltrame  », évoquant la récupération des politiques, comme l’attitude des catholiques ou des francs-maçons, puisqu’il était les deux à la fois. Retenons ici trois faits, qui n’épuisent pas le contenu du livre.
Sur Trèbes, tout d’abord. A 11 h 28, alors qu’il commande le dispositif arrivé sur place une demi-heure plus tôt, il prend la place d’une otage, Julie. Il ne le sait pas, mais le terroriste Radouane Lakdim n’a plus de munitions et il explique à Julie qu’il n’a pas l’intention de la tuer. Il veut, au contraire, «  tuer de l’uniforme  », selon ses mots. Beltrame lui en fournit doublement l’occasion : en se constituant prisonnier et en permettant au terroriste de récupérer son arme, un Sig Sauer. Trois heures se passent. Tout bascule à 14 h 16. Alors que Lakdim récite une invocation en arabe, Beltrame se jette sur lui, criant «  Assaut ! Assaut ! » Au cours d’un corps à corps, Beltrame est blessé par balles, et le terroriste l’égorge. L’antenne GIGN va mettre entre dix et douze minutes pour pénétrer dans le local, craignant que les accès soient piégés – et ne disposant pas de «  dépiégeurs d’assaut  », une spécialité qui n’existe qu’à Satory. Le GIGN est à quelques dizaines minutes de vol. Pourquoi Beltrame a-t-il fait cela ? Les témoignages vont tous dans le même sens : «  Il avait un côté idéaliste, une part d’inconscience et de naïveté. (…) Il pensait que l’adversaire serait maîtrisé. Il se disait, je vais le niquer (…) Il s’est d’abord dit, je vais sauver cette personne (Julie), car c’est notre métier de protéger les gens, mais il espérait certainement profiter d’une opportunité pour neutraliser l’individu  ».
Deuxième point, sa carrière militaire, qui n’est pas un long fleuve tranquille. Après une corniche à Saint-Cyr-L’Ecole – où il est parmi les tradis – il échoue à deux reprises au concours d’entrée à Coët. Il s’engage dans l’artillerie (35e RAP et 8e RA) comme officier de réserve en situation d’activité puis intègre l’EMIA et l’Ecole des officiers de gendarmerie de Melun, dont il sort major. Il échoue trois fois au concours de l’Ecole de guerre, mais passe un MBA en intelligence économique qui lui aurait permis de retenter sa chance. Il sert dans la mobile (Groupement blindé), à la Garde (1er RI), en départementale (Avranches et Aude) et détaché au ministère de l’Ecologie. C’est surtout son passage à l’EPIGN (aujourd’hui GIGN) qui retient l’attention. On devine que les choses s’y sont plutôt mal passées pour lui, notamment lors d’une mission en Irak – à la protection de l’ambassadeur Bajolet. «  La mission ne s’est pas très bien passée. Arnaud a eu des problèmes de commandement et certains sous-officiers l’ont flingué dans le dos  » explique un ancien. Un autre : «  Arnaud était un idéaliste, il a eu beaucoup de désillusions. Il a été dépassé psychologiquement sur ce théâtre de crise  ». Un dernier : «  Notre unité était trop féroce pour lui. Il n’en a sans doute pas gardé un bon souvenir. D’ailleurs, il n’a pas cherché à rester en contact avec nous  ».
Dernier point, ce qu’en dit le général Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale. Celui-ci doit gérer le cas difficile d’un héros qui ne peut pas être un exemple – si l’on veut que l’institution militaire continue à fonctionner selon ses règles. Voici ses propos, très dialectiques : «  Se mettre entre les mains d’un terroriste voulant tuer n’est évidemment dans aucun texte de procédure interne et ne le sera jamais. Les procédures sont faites pour permettre l’efficacité des interventions tout en veillant à la sécurité des militaires. Mais un gendarme prête serment, celui de servir la population, y compris, parfois, s’il le faut, au péril de sa propre vie. Arnaud Beltrame n’a pas appliqué des procédures ; il a fait mieux : il a respecté son serment. Et ce faisant, il a sauvé une vie, sans doute même plusieurs  ». Belle réflexion, que l’on confrontera aux polémiques sur le rôle des militaires de Sentinelle au Bataclan…
 

La gendarmerie repense le maintien de l’ordre, avec une réponse plus « globale »
13 Juin 2018 à 11h09 
Après la récente séance de câlinothérapie du ministre de l’Intérieur Gérard Colomb aux forces mobiles (CRS et GM), il intéressant de se pencher sur la manière dont la Gendarmerie réfléchit au maintien de l’ordre (MO).
A la fin de l’année dernière, la DGGN (Direction générale de la gendarmerie nationale) a achevé la rédaction d’une nouvelle doctrine en la matière, sous la forme d’un document – non public – consacré aux «  orientations générales du maintien de l’ordre  ». Il s’agit d’une «  approche globale  » visant à intégrer le renseignement, la police judiciaire et la communication au MO. En la matière, les fondamentaux restent les mêmes, à savoir primat de l’autorité civile (préfet) et «  maintien à distance  » des manifestants plutôt que la recherche du contact.
Cette réflexion s’est engagée à la suite des manifestations à Sivens (Tarn) en 2014, au cours desquelles un manifestant avait été tué par l’explosion d’une grenade, puis des troubles à Persan-Beaumont (Val d’Oise) en 2017, suite à l’arrestation d’Adama Traoré.
La nouvelle doctrine a été testée cette année d’abord à Bure (Meuse) et surtout à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), où la gendarmerie a été engagée massivement.
Cette doctrine gendarmique est très proche de celle mise en œuvre par la Préfecture de Police de Paris, reconnait-on à la DGGN. Mais la Police nationale (DGPN) n’ayant pas explicitement formulé sa propre doctrine, le ministère de l’Intérieur n’a pas à proprement parler sa doctrine de MO.
L’un des aspects importants est celui du renseignement en amont. Il s’agit à la fois de trouver les bons interlocuteurs pour discuter avec eux – ce qui se faisait de longue date avec les services d’ordre des organisations syndicales. Le problème se pose avec les nouveaux mouvements contestataires. Comment «  discriminer  » les différents publics qui se retrouvent dans une même manifestation, entre les extrémistes et les «  couches saines  », voire les délinquants ? Le MO doit désormais prendre mieux en compte la «  réponse pénale  » en cas de violences. C’est également les cas de la communication, y compris en amont et évidemment sur les réseaux sociaux. Ainsi, à NDDL, la communication a insisté sur le fait que les «  zadistes  » étaient parfois sérieusement armés (pièges, explosifs, etc.).
 

La gendarmerie réfléchit à une évolution du GIGN 
12 Juin 2018 à 15h07

Les antennes régionales jouent désormais un rôle important 

La Gendarmerie est en train de tirer les conséquences de l’attaque terroriste de Trèbes, le 23 mars dernier. C’était la première fois qu’un tel événement se produisait en zone gendarmerie et le dispositif d’intervention, mis en place en 2016, a ainsi pu être testé. Sans le remettre en cause, il a sans doute besoin d’être amélioré, avec un renforcement des antennes régionales du GIGN (AGIGN), ex-PI2G, mises en place dans le cadre du Schéma national d’intervention du ministère de l’Intérieur. Ces antennes ont vocation à être des «  points d’appuis  », disposant de capacités spécifiques, comme l’action en mer à Orange ou à Nantes. Seul le GIGN central, à Satory, conserverait «  toutes les capacités  » d’intervention, mais aussi d’observation et de protection.
L’intervention à Trèbes montre comment les choses se passent dans le monde réel. Les premiers gendarmes arrivés sur place ont été ceux de la Brigade territoriale et du Peloton motorisé. Puis le PSIG (Peloton de surveillance et d’intervention de la Gendarmerie) de Carcassonne, suivi du PSIG Sabre (doté de capacités supplémentaires) de Narbonne et enfin l’Antenne GIGN de Toulouse. Transporté par voie aérienne depuis Villacoublay, le GIGN national est arrivé quelques minutes après l’assaut.
Comment commander un tel dispositif ? La coordination est assurée par le commandant du groupement (département), mais on voit bien qu’il faut que tous ces éléments s’intègrent au fur et à mesure de leur arrivée. D’autant que les gendarmes ne maîtrisent pas forcément le tempo… «  La cinétique peut être extrêmement rapide  » explique-t-on à la Direction de la Gendarmerie. Il faut donc que les premiers arrivants sur place puissent intervenir, si nécessaire. Les notions de «  premier arrivant  » et de «  premier intervenant  » ne sont plus forcément valides face à un terroriste qui agit.
Cela pose évidemment un problème au GIGN central, qui ne peut espérer intervenir rapidement que dans un rayon d’environ 400 km autour de Satory (Yvelines). Sachant, par ailleurs, qu’il ne peut pas intervenir dans l’agglomération parisienne – en zone police…
Le GIGN tel qu’on le connaît aujourd’hui a été conçu par le général Favier, sur la base des menaces d’alors, essentiellement les prises d’otages massives ou multiples (POM) qui requièrent des effectifs importants, de l’ordre de 400.
Face à une menace plus diffuse sur le territoire, se traduisant par des attaques soudaines de la part d’individus isolés, le dispositif d’intervention doit s’adapter en se répartissant différemment. C’était l’idée du Schéma national d’intervention mis en place dans l’urgence après les attaques de 2015.
La Police nationale, dont l’action est beaucoup plus concentrée en zone urbaine, s’est réorganisée en fusionnant le RAID et les anciens GIPN, même s’ils restent des BRI notamment à Paris. Outre son unité centrale à Bièvres (Yvelines), le RAID dispose aujourd’hui de 10 antennes régionales dans les grandes villes de province (+ une à Nouméa).
Dans la Gendarmerie, les six antennes du GIGN de province (Toulouse, Reims, Dijon, Orange, Nantes et Tours) n’ont pas été fusionnées avec le GIGN central (1). Et ce n’est sans doute pas d’actualité. On sait combien cette unité d’élite, assurément l’une des meilleures du monde, est attachée à son identité. La fusion en son sein des anciens GIGN et EPIGN (Observation, Protection) n’avait déjà pas été un parcours de tout repos. Il lui faudra pourtant s’adapter à la nouvelle menace diffuse, tout en restant capable de faire face à des crises terroristes majeures. L’équation n’est pas simple à résoudre.
(1) Il existe aussi 7 unités outre-mer.
 

Une seule tenue de combat pour le GIGN, la FIPN, les deux BRI et la DGSI


Un appel d’offres a été lancé le 7 juin portant sur “l’acquisition de tenues de combat au profit des forces d’intervention de la gendarmerie et de la police nationale” 
Cette nouvelle tenue de combat est un équipement de protection individuelle (EPI) de catégorie 2  destinée aux différentes forces d’intervention suivantes :
• GIGN ;
• FIPN (créée en 2011 et qui regroupe le Raid, les GIPN et la BAC de la Préfecture de police de Paris);
• BRI P.J et BRI P.P ;
• DGSI (qui dispose d’un GAO, pour Groupe d’appui opérationnel). 
Selon le cahier des clauses techniques particulières, la tenue de combat est composée :
• d’une chemise de combat, de type UBAS (Under Body Armor Shirt, la chemise qui se porte sous le gilet pare-balles) ;
• d’un pantalon de combat. 
L’ensemble est décliné en différents coloris selon les unités :
• bleu marine : GIGN ;
• vert de gris : GIGN ;
• noir : FIPN, BRI P.P et DGSI ;
• gris : BRI P.J. 
La confection des tenues est identique, à l’exception de la tenue BRI P.J qui comprend des poches au niveau des épaules pour accueillir les protections d’épaules amovibles.