Les archives du procès de Klaus Barbie, un voile levé sur une page sombre de l’histoire de l’Occupation à Lyon

Lyon
reste la capitale de la Résistance et donc la ville où durant la
seconde guerre mondiale le régime Nazi s’est montré
particulièrement zélé dans ses crimes et exactions.

Les
mémoires du procès : Klaus Barbie devant la Justice, c’est
sous ce titre que les

Archives
du département du Rhône et de la Métropole de Lyon, du 15
septembre 2017 au 2 février 2018, réalisent une exposition
exceptionnelle. 

Elle est visible au 34
rue Général Mouton-Duvernet, 69003 Lyon – contact :
archives@rhone.fr

L’exposition
est réalisée en partenariat avec le Mémorial national de la prison
de Montluc, elle complète celle présentée au Mémorial.

A
partir des archives du procès de Klaus Barbie conservées aux
Archives départementales et métropolitaines, et de documents
complémentaires issus en particulier du fonds du mémorial de la
Shoah (à Paris) et des archives nationales de France, l’exposition
propose de s’interroger sur la constitution des témoignages de ce
procès, son écho à Lyon et au-delà, et ses répercussions à
court et à long terme.

Le
rassemblement des témoignages commence dès les années
d’Occupation, et se poursuit autour d’organismes spécialisés
après la Guerre ; c’est en particulier le sens du « Mémorial
de l’Oppression » à Lyon. Les victimes entament alors un
long travail de reconstitution. Si dès 1972, l’image de Klaus
Barbie réfugié en Bolivie apparaît sur les écrans de télévision,
onze années seront encore nécessaires avant qu’il soit ramené et
incarcéré sur le sol français, et quatre années avant que s’ouvre
le procès pour crime contre l’humanité autour de la rafle au
siège de l’UGIF du 9 février 1943, de la déportation des enfants
d’Izieu le 6 avril 1944 et de l’organisation du convoi du 11 août
1944 de crimes contre l’Humanité.

Le
procès s’ouvre le 11 mai 1987 pour se clore le 4 juillet 1987
devant la Cour d’assises du Rhône. Pour la première fois, il est
filmé dans son intégralité, en application d’une loi votée en
1985, créant les archives audiovisuelles de la Justice, témoignage
mais surtout preuve de l’événement, qui rend de manière plus
sensible l’émotion de la parole des témoins. L’écho du procès
est considérable à Lyon et bien au-delà.

Au-delà
du verdict, ce procès, pour l’histoire et la mémoire, ouvre la
voie à une réflexion en profondeur sur les événements de la
Seconde guerre mondiale en France et l’accès aux archives de cette
période, suscitant des questions qui se poursuivent encore
aujourd’hui.

Des
ateliers pédagogiques et des visites aux scolaires peuvent être
organisées sur simple demande autour de l’exposition.

UNE
CONSERVATION HISTORIQUE DES ARCHIVES DU PROCES BARBIE

Bruno
Galland, directeur des Archives du Département du Rhône et de la
Métropole de Lyon supervise l’exposition qui se tient dans ses
murs.

Il
précise : « Les dossiers des affaires portées devant les
juridictions établies dans le département du Rhône et la métropole
de Lyon sont destinés, lorsque leur intérêt historique le
justifie, à être conservés aux Archives départementales et
métropolitaines. Les archives du procès de Klaus Barbie n’échappent
pas à cette règle. En 1988, toutes les étapes du procès étant
closes, les archives ont d’abord été conservées au sein du
parquet général de la cour d’appel, dans les locaux du palais de
justice. Pendant cette période de 23 ans, le parquet a régulièrement
communiqué certaines pièces du dossier à des historiens, des
journalistes et des avocats pour l’élaboration d’ouvrages ou de
reportages. Le 13 octobre 2011, les dossiers sont enfin versés aux
Archives départementales ; le classement est alors entrepris ».

Les
archives du procès Barbie constituent aujourd’hui le versement
4544 W, qui occupe quelques 7 mètres linéaires. L’ensemble est
structuré autour de trois grandes parties :

  • l’instruction
    du procès : enquêtes préliminaires, pièces de procédure,
    avec notamment les pièces de fond sur les différentes affaires ;
    c’est dans cette partie que l’on trouve les pièces majeures qui
    ont servi à établir les chefs d’accusation (on sait cependant
    que certaines pièces n’y sont pas conservées : le célèbre
    « télex d’izieu » produit par Serge Klarsfeld est au
    mémorial de la Shoah, à Paris) ;

  • le
    procès en cour d’assises : réception des parties civiles,
    liste des témoins, déroulement et organisation matérielle,
    participation du public ;

  • les
    pourvois en cassation, notamment le pourvoi de Klaus Barbie rejeté
    par arrêt du 3 juin 1988.

En
application des dispositions du Code du patrimoine, les dossiers des
affaires portées devant les juridictions ne sont communicables qu’au
terme d’un délai de 75 ans ; une dérogation reste donc
nécessaire pour accéder aujourd’hui à ces dossiers.

L’inventaire
est consultable en ligne et, à l’occasion de l’exposition qui
sera présentée à compter du 14 septembre aux Archives
départementales et métropolitaines, certains documents pourront
également être mis en ligne.

Le
Mémorial de Montluc, 4 rue Jeanne Hachette, 69003 Lyon, organise
jusqu’en 2018 un itinéraire retraçant le procès historique de
Klaus Barbie à Lyon. C’est à un parcours dans le chemin de ronde
intérieur, où se trouve le funeste mur des fusillés, que le
visiteur est appelé. Des panneaux synthétiques et forts bien
documentés en texte et iconographie retracent les méfaits du
criminel nazi Klaus Barbie avec une évocation de ses victimes et des
témoins qui vinrent à Lyon témoigner.

Jean-Pierre
TROADEC

Illustrations
avec l’aimable autorisation des Archives du département du Rhône
et de la Métropole de Lyon que nous remercions tout
particulièrement. DR. Sources Archives du département du Rhône et
de la Métropole de Lyon. Les archives du procès Klaus Barbie sont
sous le versement de référence 4445W et comportent des milliers de
pièces sur 7 mètres linéaires.

Zooms

LYON
FOYER DE RESISTANCE

Lyon,
durant la Seconde Guerre mondiale
,
joue un rôle important dans l’histoire française. Située en zone
libre jusqu’en 1942 et très proche de la ligne de démarcation, la
ville accueille de nombreux réfugiés et devient un foyer de
Résistance précoce et important. Particulièrement marquée par la
répression, surtout après l’invasion de la zone sud en novembre
1942, Lyon est finalement libérée le 3 septembre 1944.

Lyon
se prépare comme toutes les autres villes à la guerre en 1939-1940
et ne connaît pas d’évènement particulier durant la drôle de
guerre. Lors de l’invasion, Lyon ne connaît pas de combats, son
maire Édouard Herriot ayant obtenu le statut de ville ouverte pour
son agglomération. Si les Allemands ne restent pas longtemps, un
très grand nombre de réfugiés s’installent à Lyon durant l’été
1940. La ville connaît entre cette date et novembre 1942 la même
vie politique unique faite de censure et de propagande officielle
vichyste que l’ensemble de la France libre. En revanche, Lyon connaît
un très riche réseau de résistants, regroupant toutes les
tendances qui fondent rapidement un grand nombre de mouvements et
d’organes de presse clandestins. Toutefois, comme partout, la
majorité de la population reste sur cette période fidèle à la
figure du maréchal Pétain, à l’image du cardinal Gerlier.

Après
l’invasion de la zone sud, Lyon subie une répression importante, due
à la fois à l’importance des mouvements résistants locaux et au
fait qu’elle est une tête importante de la répression au niveau
régional. La population a à cette époque perdu la confiance dans
le gouvernement de Vichy et connaît des années de privations
sévères. Les mouvements résistants procèdent à des actions de
plus en plus nombreuses et hardies, et subissent en retour des pertes
importantes, dont l’arrestation de personnalités majeures des
mouvements de résistance tel Jean Moulin. Lourdement bombardée à
la fin du conflit, la ville est libérée début septembre 1944 par
l’armée américaine et les Forces françaises libre. La direction
des Forces françaises de l’intérieur décide de ne pas procéder à
un soulèvement auparavant, manquant d’armement et craignant une
riposte aveugle.

LA
PRISON MILITAIRE DE MONTLUC SYMBOLE DE L’OPPRESSION NAZIE

La
prison militaire de Montluc, localisée en face du fort Montluc,
ouvre ses portes en 1921. Utilisée pendant la Seconde Guerre
mondiale, elle devient prison civile à partir de 1947 et ferme ses
portes en 2009 comme maison d’arrêt pour femmes.

Prison
militaire du régime de Vichy de 1940 à 1943, elle est
réquisitionnée par l’occupant nazi à partir de janvier 1943 et
ce jusqu’au 24 août 1944. Montluc est alors à Lyon et pour toute
la région, la principale porte d’entrée vers la déportation et les
exécutions. Lieu d’internement de près de 10 000 hommes, femmes
et enfants durant l’occupation allemande, et notamment des enfants
d’Izieu, de Jean Moulin et de Marc Bloch, la prison de Montluc est
un lieu emblématique des politiques de répression allemandes dans
la région de Lyon.

Le Mémorial National de la prison de
Montluc ouvre ses portes au public en 2010 avec pour objectif de
rendre hommage aux milliers de Résistants, Juifs, et otages,
victimes des nazis et de Vichy, pendant la période de la Seconde
Guerre mondiale, et de mieux comprendre la mise en place des
politiques de répression.

Haut
lieu de la Mémoire nationale, le Mémorial a rejoint en 2010 les
sites gérés par le Ministère de la Défense, propriétés de
l’État. Ces hauts lieux de la mémoire nationale évoquent
chacun un aspect de la mémoire des conflits contemporains. Ce
sont des lieux de cérémonies et de recueillement, mais aussi
de transmission de la mémoire.


LES
CHEMINS DE LA MEMOIRE SUR L’AGGLOMERATION

Sur
capitale rhodanienne notons le CHRD, Centre d’histoire de la
résistance et de la déportation, situé 14 avenue Berthelot, dans
le 7
ème
arrondissement de Lyon, à l’endroit même où Klaus Barbie
officiait avec ses services de répression criminelle, au sein de
l’école de santé, durant l’Occupation. Le CHRD est un musée,
avec un service de d’archives et de documentation, traitant de la
seconde guerre mondiale à Lyon, en France et dans le monde.
Signalons aussi le Mémorial de Caluire dédié à Jean Moulin. Il
est situé place Jean Gouaillhardou, dans la maison du Dr Dugoujon où
la Gestapo arrêta le chef de la résistance française, sur
dénonciation en 1943.

JPT